

Un coup de vent est passé dans la nuit, et ce matin un morceau de tuile traîne près de la maison. Vous levez les yeux : la rangée du toit paraît presque intacte, il manque peut-être un éclat, rien de plus. Faut-il y toucher tout de suite, ou attendre ? Et comment s’y prendre sans abîmer le reste ?
Une tuile cassée, fendue de part en part ou friable se remplace ; seule une fissure superficielle peut se colmater, et à titre ponctuel. Quatre repères :
| État de la tuile | Geste conseillé | Pourquoi |
|---|---|---|
| Fissure superficielle, qui ne traverse pas la tuile | La colmater au mastic ou à la résine, en dépannage, puis la surveiller. | La fissure ne laisse pas encore passer l’eau, mais cette réparation reste ponctuelle. |
| Tuile cassée, fendue de part en part ou dont il manque un morceau | La remplacer par une tuile de même type. | La fente laisse passer l’eau. |
| Tuile poreuse, friable ou couverte de mousse | La remplacer, et regarder aussi les tuiles voisines. | Une tuile gorgée d’eau casse au gel suivant, et la mousse peut cacher des fêlures. |
| Tuile entière mais glissée | La remettre en place, après avoir vérifié ce qui la retenait, par exemple le liteau (la latte de bois qui porte les tuiles). | Selon des couvreurs, une tuile glissée n’est pas cassée, mais elle ne tient plus : il faut en trouver la cause. |

Observez en trois temps : depuis le sol, depuis l’intérieur de la maison, puis depuis les combles.
Pour distinguer une fissure de surface d’une fente qui traverse la tuile, un couvreur conseille de l’éclairer par en dessous depuis les combles : si la lumière passe, l’eau passera aussi.
Il vaut mieux éviter de monter sur le toit : observez depuis le sol et depuis les combles, car une chute de hauteur est un risque réel. Selon l’INRS, les chutes de hauteur sont la deuxième cause d’accidents du travail mortels après le risque routier, et elles étaient à l’origine de 11 % des accidents du travail avec au moins quatre jours d’arrêt en 2019. Même des hauteurs relativement faibles ne sont pas sans danger. Ces données concernent les professionnels : l’institut ne donne aucun seuil de hauteur ou de pente pour un particulier.
Si vous devez malgré tout intervenir, les guides de bricolage conseillent un toit sec, une seconde personne présente et un équipement adapté (échelle de couvreur, harnais, chaussures antidérapantes), et déconseillent tout passage sur un toit mouillé ou fragilisé. Ces conseils ne remplacent pas l’avis d’un couvreur : en cas de doute sur l’accès, la hauteur ou la pente, ne montez pas.
Une tuile cassée laisse passer l’eau sous la couverture, jusqu’aux liteaux, à l’isolant puis à la charpente. Quatre risques :
Si une tache est déjà apparue au plafond, mieux vaut savoir que faire quand la toiture fuit sans attendre la prochaine pluie.
Une fissure superficielle se colmate avec un mastic ou une résine adaptés à la couverture, mais c’est un dépannage, pas une réparation définitive. Les étapes :
Les avis divergent sur la durée de cette réparation. Les fabricants de produits la présentent comme durable, tandis que la plupart des couvreurs et des négociants la décrivent comme une solution d’attente, le remplacement restant la réponse pérenne. Sans fiche technique du produit sous la main, mieux vaut la considérer comme un dépannage. Pour accéder à la tuile, les précautions décrites plus haut s’appliquent.
Remplacer une tuile consiste à soulever les tuiles voisines, dégager la tuile cassée, contrôler ce qu’il y a dessous, puis glisser une tuile neuve de même type. Les étapes :
Si le liteau ou l’écran de sous-toiture est abîmé, remplacer la tuile ne suffit pas : faites alors appel à un couvreur. Pour l’accès au toit, les précautions décrites plus haut s’appliquent.
Le geste varie selon le modèle : une tuile à emboîtement se retient par ses tenons, une tuile plate par son talon, une tuile canal par son recouvrement.
| Modèle | Ce qui le retient | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Tuile à emboîtement (mécanique) | Ses tenons, posés sur le liteau, parfois complétés d’un fil de fer en rive. | Vérifier l’emboîtement avec les tuiles voisines. |
| Tuile plate | Son talon, accroché au liteau ; la tuile est clouée ou posée librement. | Contrôler que le talon repose bien sur le liteau. |
| Tuile canal ou romaine | Son recouvrement : les tuiles canal posées en creux (le courant) sont recouvertes par les tuiles posées en arche (le couvert). | Elle est fragile et supporte mal le poids d’une personne. |

Pour une tuile béton cassée comme pour une tuile en terre cuite cassée, la tuile de remplacement doit être du même matériau.
Les tuiles de rive et de faîtage sont le plus souvent scellées au mortier, ce qui rend leur remplacement plus délicat. Pour une tuile de rive cassée, on retire l’ancien joint, on pose la nouvelle tuile, puis on refait l’étanchéité au mastic. Une tuile faîtière cassée, qui couvre la ligne haute du toit, demande plus de travail : burin et massette, puis mortier-colle ou clouage selon le cas. Selon la technique employée, faîtage scellé ou à sec, la réparation n’est pas la même. Ce sont des interventions en hauteur, au bord ou au sommet du toit : mieux vaut les confier à un couvreur.
Remplacer une tuile se compte en dizaines d’euros, mais une intervention sur une seule tuile coûte proportionnellement plus cher, car le déplacement et l’accès pèsent souvent plus que la tuile. Trois repères :
Ces repères s’inscrivent dans les tarifs d’un couvreur pour les autres interventions de toiture.
Faites appel à un couvreur dès que la tuile est difficile d’accès, que le toit est haut, pentu ou mouillé, que la tuile est une tuile de rive ou de faîtage, ou qu’une tache d’humidité est déjà visible à l’intérieur. Un couvreur peut aussi rechercher l’origine d’une fuite quand la tache ne correspond à aucune tuile visible.
Ces critères aident à savoir comment choisir un couvreur :
Un contrôle visuel après chaque épisode de gel ou de vent fort, un entretien régulier et le passage de professionnels équipés limitent les casses. Trois habitudes :
Limitez les passages sur le toit : mieux vaut confier l’entretien à des professionnels équipés.
Cherchez une tuile de même type, matériau et dimensions, une tuile de récupération, ou prélevez une tuile saine dans une zone peu visible du toit. Le modèle et le fabricant sont souvent indiqués au dos de la tuile, et apporter la tuile cassée chez un négociant aide à trouver l’équivalent. La même marque n’est pas indispensable.
Quand de nombreuses tuiles cassent sur un même versant sans choc identifiable, ou quand le modèle est introuvable, un diagnostic d’ensemble s’impose. Le remplacement à l’unité perd alors son sens : un couvreur peut conseiller de remanier ou de refaire le versant. Le prix pour refaire une toiture se calcule alors à l’échelle du versant plutôt qu’à la tuile.
Le propriétaire fait réparer le toit, ou le syndic en copropriété ; le locataire le prévient, par lettre recommandée avec accusé de réception si les travaux ne sont pas faits. En copropriété, une chute de tuile dans les parties communes est déclarée par le syndic à l’assureur de l’immeuble. Qui doit entretenir la toiture dépend donc du statut de l’occupant : propriétaire, locataire ou copropriétaire.
Sources